Rapport
Parma Calcio 1913
Reconstruit après l'une des plus grandes fraudes financières d'Europe et trois faillites successives, le club historique d'Émilie-Romagne appartient depuis 2020 à un Américain de l'Iowa dont les bisaïeux sont nés en Sicile.
En décembre 2014, le Parma Foot Ball Club, qui a remporté huit trophées majeurs entre 1992 et 2002 — trois Coupes d'Italie, deux Coupes UEFA, une Coupe des coupes, une Supercoupe d'Europe et une Supercoupe italienne —, est vendu pour un euro. L'acquéreur est une holding chypriote contrôlée par un homme d'affaires nommé Rezart Taçi. Deux mois plus tard, en février 2015, Taçi le revend, lui aussi pour un euro, à Giampietro Manenti. En mars 2015, Manenti est arrêté pour blanchiment d'argent. En juin de la même année, le Parma est officiellement déclaré en faillite, avec deux cent dix-huit millions d'euros de dettes — dont soixante-trois millions d'arriérés de salaires.
Une décennie plus tard, en mai 2024, le même Parma — refondé, racheté, racheté à nouveau — remonte en Serie A. Son propriétaire est un Américain de l'Iowa qui a fait fortune dans une chaîne de stations-service et dont la grand-mère paternelle parlait sicilien. Ce rapport raconte comment on passe d'un état à l'autre.
L'âge Parmalat
Le Parma a été fondé en juillet 1913 sous le nom Verdi Foot Ball Club, pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de Giuseppe Verdi, originaire de la province voisine. Quelques mois plus tard, un club concurrent — Parma Foot Ball Club — adopte les couleurs blanches avec une croix noire, qui sont aujourd'hui encore celles du club. Les deux entités fusionnent au fil des années, et c'est cette seconde structure qui a survécu. Pendant trois quarts de siècle, le Parma reste un club d'Émilie-Romagne sans grand titre, alternant entre divisions inférieures et brèves apparitions en Serie A.
Tout change en 1991, quand Parmalat, multinationale laitière installée à Collecchio, à quelques kilomètres de Parme, rachète le club. À sa tête, la famille Tanzi voit dans le football un outil de visibilité internationale pour la marque, et se met à dépenser. Le résultat est immédiat : la Coppa Italia en 1992, la Coupe des coupes en 1993 face à Anvers à Wembley, la Coupe UEFA en 1995 contre la Juventus, à nouveau la Coppa Italia en 1999, à nouveau la Coupe UEFA la même année contre Marseille, la Supercoppa italienne en 1999, encore la Coppa Italia en 2002. En dix ans, le Parma devient l'un des clubs les plus titrés d'Europe, avec un effectif qui inclut à diverses époques Hernán Crespo, Gianluigi Buffon, Lilian Thuram, Fabio Cannavaro, Hidetoshi Nakata. Pendant un moment, on parle même de l'équipe comme de la quatrième force du football italien après la Juventus, le Milan et l'Inter.
Et puis en décembre 2003, l'édifice s'écroule. Parmalat, dont les comptes étaient maquillés depuis des années, est pris en flagrant délit de fraude comptable. La dette réelle du groupe est estimée à plus de quatorze milliards d'euros — l'une des plus grandes fraudes d'entreprise jamais documentées en Europe, comparée à l'époque à Enron. En avril 2004, le Parma entre en administration judiciaire, avec un déficit annuel de cent soixante-sept millions d'euros à lui seul. La décennie qui suit est celle d'une chute lente.
Le Stadio Ennio Tardini en mars 2026, un siècle après l'installation du Parma sur ce terrain en 1923. Le stade est aujourd'hui au centre du projet de rénovation porté par la propriété américaine.
Trois faillites en onze ans
Le 24 janvier 2007, après trois ans d'administration judiciaire, le club est racheté par Tommaso Ghirardi, jeune entrepreneur italien dans l'ingénierie, pour environ trente-neuf millions de dollars. Sous Ghirardi, le Parma se stabilise quelques saisons en Serie A, puis recommence à perdre de l'argent. En décembre 2014, ne pouvant plus payer ses joueurs ni ses fournisseurs, Ghirardi vend la majorité du club — soixante-six pour cent — à une holding chypriote, Dastraso Holding, contrôlée par Rezart Taçi, pour un euro symbolique.
Taçi tient deux mois. En février 2015, il revend à Giampietro Manenti, également pour un euro. Manenti, présenté à l'époque comme un investisseur étranger, est arrêté en mars suivant pour des faits de blanchiment liés à des activités antérieures. Le club tourne pendant quelques semaines sans réelle direction, avec des joueurs impayés et des fournisseurs qui refusent de livrer. Le 22 juin 2015, le tribunal de Parme prononce la liquidation judiciaire. La dette officielle est de deux cent dix-huit millions d'euros.
Le 22 juillet 2015, un groupe d'industriels locaux fonde une nouvelle entité, S.S.D. Parma Calcio 1913. Parmi les fondateurs : Guido Barilla — héritier de l'empire des pâtes —, Paolo Pizzarotti — patron du groupe de bâtiment Impresa Pizzarotti — et Giampaolo Dallara — constructeur de châssis de voitures de course. Le projet est explicitement civique : sauver l'identité du club, repartir de zéro, accepter de rejouer en Serie D si c'est le prix. Le Parma redescend quatre divisions d'un coup.
Ce qui suit est inhabituel : le Parma remonte trois fois de suite. De Serie D en Lega Pro en 2016. De Lega Pro en Serie B en 2017. De Serie B en Serie A en 2018. C'est la première fois dans l'histoire du football italien qu'un club enchaîne trois promotions consécutives. Personne, à l'extérieur, ne s'attendait à ce qu'un projet de sauvetage civique tienne, et il a tenu.
Repères
L'Américain de l'Iowa
En septembre 2020, le Parma a un nouveau propriétaire. Kyle Krause, président-directeur général du Krause Group, basé à Des Moines dans l'Iowa, achète quatre-vingt-dix pour cent du capital. Le Krause Group est un conglomérat familial dont l'activité historique est Kum & Go, une chaîne de stations-service avec magasin de proximité — environ quatre cents points de vente répartis dans le centre-ouest des États-Unis. Mais l'entreprise a aussi des activités dans les vins italiens (notamment en Toscane), l'immobilier, l'agriculture, et la logistique. Le rachat du Parma ne sort donc pas tout à fait de nulle part.
Kyle Krause a un récit personnel cohérent : sa grand-mère paternelle et ses arrière-grands-parents étaient nés à Palerme, en Sicile, et il se présente comme un Italo-Américain. Il possède aussi, depuis 1998, un club semi-professionnel américain, le Des Moines Menace, qui a remporté deux fois le championnat USL et l'a fait entrer au Hall of Fame de la ligue en 2011. Acheter un club européen historique n'est pas, dans son discours, une opération financière ; c'est l'aboutissement d'un projet personnel, exactement comme dans le cas des frères Hartono à Como, et exactement à l'opposé de la logique de portefeuille de 777 Partners au Red Star.
Trois ans après l'achat, en juin 2023, le Krause Group rachète les dix pour cent restants détenus par les industriels locaux du Nuovo Inizio et devient propriétaire à quatre-vingt-dix-neuf pour cent du Parma. La transition de l'actionnariat civique vers l'actionnariat américain est alors complète.
Kyle Krause, président-directeur général du Krause Group, présentant le projet de rénovation du Stadio Tardini en avril 2021, six mois après son rachat du Parma.
Le retour
Sous Krause, le Parma passe trois saisons en Serie B avant de remonter. Le 1ᵉʳ mai 2024, il valide sportivement sa promotion en Serie A. La saison 2024-25 est la première en élite depuis quatre ans, et le club termine seizième sur vingt — un maintien obtenu sans gloire mais sans drame. À l'échelle de ce qu'a vécu le Parma entre 2003 et 2018, c'est un succès total.
L'attention de Krause s'est aussi portée sur l'infrastructure. Dès avril 2021, il a annoncé un projet de rénovation complète du Stadio Tardini, dont les structures datent de 1923 et n'avaient pas été modernisées depuis des décennies. Le projet a connu des allers-retours administratifs avec la municipalité de Parme et les autorités du patrimoine — le stade est partiellement classé —, mais reste l'un des chantiers déclarés du nouvel actionnariat américain.
Acheter un club historique européen n'est plus l'apanage des fonds. C'est devenu, pour certaines familles fortunées, un récit personnel à concrétiser.
Cent treize ans en huit dates
- 1913
Fondation du club
Création du Verdi Foot Ball Club en juillet, pour le centenaire de la naissance de Giuseppe Verdi. Renommage rapide en Parma Foot Ball Club.
- 1991
Rachat par Parmalat
La multinationale laitière de la famille Tanzi, basée à Collecchio, prend le contrôle du club et finance une décennie d'investissements massifs.
- 1992-2002
Huit trophées en dix ans
3 Coupes d'Italie, 2 Coupes UEFA, 1 Coupe des coupes, 1 Supercoupe d'Europe, 1 Supercoupe italienne. L'une des décennies les plus titrées du football italien.
- Décembre 2003
Effondrement de Parmalat
Révélation de la fraude comptable de la maison-mère, l'une des plus grandes fraudes d'entreprise européennes. Le Parma entre en administration judiciaire en avril 2004.
- 2007
Rachat par Ghirardi
L'entrepreneur italien Tommaso Ghirardi reprend le club après trois ans d'administration. Le projet tient huit ans avant de s'effondrer à son tour.
- 2014-2015
Trois ventes en six mois
Ghirardi vend à Dastraso Holding pour 1 €, qui revend à Manenti pour 1 €, qui est arrêté. Faillite officielle en juin 2015 avec 218 M€ de dettes.
- Juillet 2015
Refondation civique
Guido Barilla, Paolo Pizzarotti, Giampaolo Dallara et d'autres industriels locaux refondent le club sous le nom S.S.D. Parma Calcio 1913, en Serie D.
- 2016-2018
Trois promotions consécutives
Première fois dans l'histoire du football italien : Serie D → Lega Pro → Serie B → Serie A en trois saisons.
- Septembre 2020
Rachat par Krause Group
Kyle Krause, basé dans l'Iowa, achète 90 % du club. Le Krause Group monte à 99 % en juin 2023.
- Mai 2024
Retour en Serie A
Le Parma valide sa promotion en élite italienne, quatre ans après sa précédente relégation. La saison 2024-25 est conclue à la seizième place.
Ce que le modèle raconte
Le Parma de Krause est, dans la nouvelle cartographie du capital privé dans le football européen, un des cas les plus proches de celui de Como 1907 : un propriétaire personnel à fortune patrimoniale, qui achète un club historique abordable — le Parma a coûté un peu moins cher que Como, mais reste bien en dessous des prix d'un Premier League club —, et qui le conduit lentement vers le haut. Comme Como, le projet a un récit familial à son origine : Krause cite ses racines siciliennes dans presque chaque interview. Comme Como, il n'est pas adossé à un fonds qui chercherait un retour sur investissement à court terme.
Là où il diffère, c'est dans son histoire propre. Le Como des Hartono a été acheté à un point bas, sans grande mythologie à reconstruire — la saison 1930-31 est lointaine, et personne, à Côme, ne demande aux Hartono d'effacer un traumatisme collectif. Le Parma, lui, a été acheté avec l'écho encore présent de l'effondrement Parmalat. Pendant une partie de la base supporter, le rachat américain est moins une opportunité qu'une question : est-ce que cette fois, le projet va durer ?
La leçon transférable du cas Parma est probablement celle-ci : un club européen historique peut être détruit complètement par une faillite majeure et reconstruit à partir d'une refondation civique, mais cette refondation civique a une durée de vie limitée. À un moment, le club refondé a besoin d'un investisseur structurant qui prenne le relais des notables locaux. Pour le Parma, ce relais a été l'Américain de l'Iowa. Pour d'autres clubs européens dans une situation comparable — et il y en a plusieurs en Italie, en France, en Espagne —, la question est de savoir s'ils trouveront le leur, et s'ils auront le temps.